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L’initiative Barefoot College : Faire des femmes illettrées des « Ingénieurs solaires »


Illustration : L'accès à l'électricité est synonyme de développement (Photo : WWF)

L’accès à l’énergie propre et abordable est l’un des objectifs du développement durable. A Madagascar, seulement 16% de la population a accès à l’électricité en totalité et 4,7% de la population en milieu rural peut en jouir. Il est vrai qu’avoir de l’électricité à la maison permet d’améliorer la vie quotidienne de chacun. Cependant, dans les petits villages ruraux à Madagascar, la possibilité d’en avoir est très limitée. L’électrification de ces petits villages est difficile car dans la majorité des cas, ils sont éloignés les uns des autres et sont difficiles d’accès, ce qui rend le coût de nouvelle installation très élevée. De plus, les villageois ne pourront pas payer le tarif mensuel de l’abonnement à l’électricité si ceci est onéreux.

L'accès à l'électricité est synonyme de développement


Depuis Novembre 2015, l’État Malagasy s’est fixé le but de faire monter le taux d’électricité du pays jusqu’à 70% d’ici 2030 dans le cadre de la Nouvelle Politique sur l’Énergie ou la NPE. La production d’électricité à partir de l’énergie du soleil est une solution avantageuse compte tenu du niveau élevé d’ensoleillement dans le pays, d’autant plus que c’est propre, moderne et renouvelable. C’est dans ce contexte que la collaboration entre le Ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures, le WWF (World Wide Fund for nature), le MNP (Madagascar National Park), le SAF/FJKM (Sampanasa Fampandrosoana FJKM), l’Ambassade de l’Inde à Madagascar, les ONG Barefoot College International et Barefoot College Madagascar et fut née pour la mise à l’échelle de l’approche « Femme Ingénieur Solaire », initiée en Tilonia (Inde), grâce au développement du Programme National Barefoot College (PNBC).

L’instauration d’un centre de formation en énergie solaire photovoltaïque, dédié à des femmes semi ou non-scolarisées est l’objet du programme. Le centre, qui est actuellement en cours de construction et se situant à Ambatolampy, permettra de former une douzaine de femmes originaires de villages isolées à l’installation, la maintenance et la réparation des matériels solaires en cinq mois.


La question se pose alors : « Mais comment apprennent-elles tout cela ? ». Nous y reviendrons plus tard. Le plus important pour l’instant est de savoir que, oui, c’est possible et qu’il existe une vingtaine de femmes Malagasy pour en témoigner.


Comment est née l’approche Femme Ingénieur solaire ? Et c’est quoi déjà Barefoot College?


Barefoot College est une ONG Indienne fondée par Bunker Roy en 1972. Elle a pour but de résoudre les problèmes que font face les communautés rurales, par exemple l’accès à l’électricité, à l’eau potable, à l’éducation et aux soins médicaux appropriés mais aussi à l’autonomisation de ces communautés de façon durable. Pour l’accès à l’électricité, l’organisation a développé l’approche « Femme Ingénieur Solaire » par la mise en place du centre de formation à Tilonia (Inde). Ce centre a pu jusqu'à présent former plus de 750 femmes provenant des pays sous-développés ayant les mêmes conditions sociales, parmi elles 27 Malagasy.


Ces femmes ne parlant pas nécessairement les mêmes langues apprennent à identifier des composants électroniques par leur forme et leur couleur, à exécuter des tâches techniques en suivant des exemples, et à acquérir les compétences nécessaires à la fabrication, au montage, à l’installation, à l’utilisation, à la réparation et à la maintenance des systèmes solaires en suivant des instructions mimées. En parallèle à la formation en énergie solaire, ces femmes suivent aussi le cursus « ENRICH » incluant le leadership, la santé reproductive et nutrition, la notion de micro-entreprise, les pratiques et solutions pour la protection de l’environnement, l’apprentissage du digital, les droits humains et la gestion financière.


A la rencontre des « Femmes Ingénieurs Solaire » de Madagascar


Pour le cas de Madagascar, les femmes sont sélectionnées suivant des critères bien définis. Tout d’abord, les villages d’où elles proviennent ne doivent pas être ciblés par les programmes existants de l’ADER (Agence de Développement de l’Électrification Rurale), doivent être de petite taille (entre 100 à 200 ménages), doivent avoir une bonne cohésion sociale entre les habitants et présentent des écosystèmes à protéger. Cela étant, les femmes doivent être volontaires, âgées entre 35 à 50 ans, n’occupent pas de position particulière au sein du village ou être épouses d’un homme ayant une position particulière. A la fin de leur formation, le groupe de femmes provenant d’un même village reçoit de l’équipement solaire (panneaux solaires, batteries, câbles et pièces électroniques détachées) de la part des bailleurs de l’initiative que ce soit pour celles ayant été formées à Tilonia ou pour les futures promotions du centre de formation à Ambatolampy.


Si les équipements sont donnés aux villages gratuitement, chaque ménage qui souhaiterait bénéficier de l’électricité devra toutefois payer une cotisation régulière mensuelle de 3 000 ariary en moyenne, en vue de la maintenance et du changement du matériel lorsque ceux-ci arriveront en fin de vie, mais aussi pour la rémunération des femmes ingénieurs pour leur travail. D’ici 2030, le Ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures espère atteindre un objectif de 744 femmes ingénieurs solaires et l’électrification de 630 000 ménages ruraux.


Elles témoignent du succès du projet !


« Nous étions quatre femmes à avoir suivi une formation sur l’énergie solaire en Inde. Nous avons l’espoir de développer notre village grâce à ces systèmes solaires compte tenu de leurs multiples avantages. Nous avons décidé d’abandonner définitivement le recours à la lampe à pétrole qui est une source de dépenses et nuisible à la santé. Par ailleurs, nous espérons que la venue de la lumière fera fuir les malfaiteurs et rétablira la sécurité dans notre village. Nous attendons que nos matériels de travail arrivent et nous nous mettrons au travail immédiatement. Il est important de souligner que, malgré notre faible niveau d’instruction, nous sommes tout de même arrivées au terme de notre formation dans la production de systèmes solaires. Nous vous invitons à visiter le village d’Ambakivao pour voir par vous-même les installations que nous allons faire ainsi que les changements qui vont en découler ».


Tels étaient les propos émanant de Andrianasolo Hanitra Sylvia sélectionnée pour la promotion Septembre 2016 – Mars 2017.


L’utilisation des bougies et de pétrole lampant revient plus chère que l’installation solaire.


Il est évident que la participation à la formation a provoqué un déclic dans la vie de Hanitra, et on peut le constater pour toutes les participantes devenant plus émancipées et respectées. La vie dans leurs villages a tout autant changé : les femmes ont apporté la lumière, les moyens de subsistance se sont améliorés grâce à la possibilité d’augmenter la durée du travail et les enfants peuvent aussi en profiter pour étudier pendant la nuit.

À part tout cela, l’approche Barefoot College a eu des impacts positifs : certains paysans réalisent qu’ils ne sont pas limités à la culture et l’élevage même si ils ont des niveaux de scolarité faibles, d’autres jouissent pleinement de l’électricité en soirée pour profiter des moments en famille, les familles réalisent aussi que les dépenses diminuent: l’utilisation des bougies et de pétrole lampant revient plus chère que l’installation solaire, de ce fait, la famille peut réaliser des économies ou l’argent servira pour les autres dépenses. L’impact du projet sur l’amélioration des conditions de vie et celle des revenus de la communauté et le fait de réaliser que détruire les écosystèmes est dangereux ont renforcé leur conviction à protéger les forêts.


La mise en échelle de l’approche « Femme Ingénieur Solaire » est une aventure extraordinaire tant technique qu’humanitaire. Ce programme a changé de façon positive plusieurs vies dans des communautés rurales de façon positive. Le souhait est de pouvoir toucher encore plus de villages, encore plus de personnes car le développement de notre pays dépend aussi de ces petits villages isolés.



A propos de l’auteur

Ony Fy Andriambololona est une étudiante en Master 2 en énergies renouvelables à l’Université d’Antananarivo.


Actuellement, elle fait un stage auprès de WWF pour la mise en place de l’Approche Barefoot College à Madagascar.

Si vous voulez plus d’informations, veuillez la contacter avec l’adresse email suivante : onyfy.andria@gmail.com




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